Ce que nous dit actuellement la courbe des contrats à terme du pétrole
Cette courbe des contrats à terme d'une matière première donne des indications utiles sur la manière dont les marchés évaluent l'équilibre futur entre l'offre et la demande. Elle ne reflète pas uniquement une prévision de la commodité, mais aussi les coûts de stockage, de financement, les primes de risque et la valeur attachée à la disponibilité immédiate du baril. Mais le principe reste assez simple. Le contrat le plus proche reflète surtout la tension immédiate sur le marché physique, tandis que les échéances plus longues, comme celles de fin d'année, indiquent si les opérateurs pensent que cette tension peut durer.
À l'heure actuelle, le signal le plus intéressant vient de la forte "backwardation" du Brent, c'est-à-dire du fait que les contrats proches se traitent nettement au-dessus des contrats plus lointains. En temps normal, l'écart entre les deux premières échéances est limité à 0-2 dollars. Or cet écart a bondi depuis l'escalade des tensions entre Washington et Téhéran fin février et début mars, atteignant même 14 dollars au "pic" des tensions courant mars.
Malgré l'évolution en zigzag des cours du pétrole depuis la trêve intervenue début avril, l'écart entre les deux premières échéances s'est nettement réduit. Cette réduction peut sembler rassurante à première vue, mais c'est en réalité parce que les échéances longues sont en train de rattraper les prix des échéances courtes.
Cette évolution est importante, car les prix des échéances plus longues ont tendance à davantage influencer les décisions des agents économiques. Un raffineur, une compagnie aérienne ou un industriel peut ignorer une flambée très courte du spot si elle paraît temporaire, mais il ne peut plus l'ignorer de la même manière si les prix à trois, six ou douze mois montent aussi. Dans ce cas, le marché n'anticipe plus seulement un choc de court terme, mais une contrainte d'offre plus persistante, susceptible de se transmettre aux prix finaux, aux marges des entreprises intensives en énergie et aux anticipations d'inflation.
Pour les banquiers centraux, cette distinction change également la lecture du risque. Une hausse concentrée sur le contrat le plus proche peut être traitée comme un choc ponctuel, même si elle reste inconfortable. Une remontée des échéances longues oblige davantage à envisager un choc inflationniste durable et donc un potentiel resserrement monétaire.
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